Ivres, les journalistes mélangent tout !

Publié par Benjamin Rosoor  /   juin 20, 2014  /   Posté Actu, Etudes de cas  /   9 Commentaires

Quand  le TGV Bordeaux/Lille dans lequel 140 patrons du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD) font du « chahut » après un pique-nique convivial (comprendre avec du vin) est arrêté en gare de Saint-Pierre-des-Corps avec une compagnie de maintien de l’ordre en protection, c’est le badbuzz assuré. Mais la faute à qui ? A la presse, au préfet ou aux patrons ? Analyse.

Disclosure : Je suis membre du CJD d’Arcachon, représentant du CJD Aquitaine au CESER Aquitaine. J’aurais pu être dans ce train si je n’avais pas eu d’obligations professionnelles qui m’ont malheureusement empêché de participer à ce Congrès de Lille où se rendaient les dirigeants aquitains. Mais je vais tenter d’être le plus objectif possible dans cette analyse.  J’ai été journaliste pendant 10 ans entre 1989 et 1999. Le titre illustrant le reste du propos.

Les faits : un groupe de 140 jeunes dirigeants d’Aquitaine est en route pour son congrès bi-annuel à Lille via un TGV Bordeaux/Lille. Ils avaient réservé un wagon entier dans un autre train, mais en raison d’une grève, ce train est annulé. Ils sont invités à prendre le train suivant, sans places réservées. Ils se retrouvent donc en voiture-bar.
Habitués aux déplacements festifs, ils entament des chants et dansent des « paquitos » dans la voiture-bar. C’est l’heure du déjeuner. Des bouteilles de vin sont ouvertes.

Ce chahut « bon enfant » panique visiblement le responsable de la voiture-bar et le chef du train. Les forces de l’ordre sont alertées, le TGV est stoppé à St-Pierre-des-Corps. Une compagnie de policiers en tenue de maintien de l’ordre (casques, protections, etc.) est mobilisée devant le wagon. 45 minutes après cet arrêt, alors que les bouteilles sont posées sur le quai et les wagons nettoyés par les jeunes dirigeants, le train repart. Aucune plainte de voyageur n’est à signaler.

Déclenchement du buzz

1er article de la Nouvelle République.fr, journal local.
Un photographe est sur place, il montre la compagnie de maintien de l’ordre.
Le titre : 160 patrons ivres sèment le trouble dans le TGV
la rubrique : Vienne – Saint-Pierre-des-Corps – Fait divers
Le contenu : Dans le chapeau, on insiste sur « des patrons ivres ». Dans le corps du texte, le déploiement de force est indiqué comme un « curieux spectacle ».

2ème article en ligne : La Charente libre
Le titre : 120 patrons ivres font stopper le TGV.
On notera que la photo d’illustration est un exercice de maintien de l’ordre de l’école de gendarmerie de St-Astier.

Viendront ensuite, dans les 24 heures, plus de 46 articles, très commentés, des citations à la radio et à la TV, avec toujours les mêmes mots-clés :
Ivres | Patrons | Excités | Nombreux | Pas dans le bon train | Bouteilles accumulées | Pas d’interpellation | Retour au calme

cjd policeSur les réseaux sociaux, notamment Facebook, l’information est très partagée : 4500 partages pour l’article du Parisien, 1000 partages pour celui de FranceTV.fr , etc. Le CJD décide de ne pas réagir à chaud mais finalement, un communiqué sera publié sur Facebook avec notamment des photos pour illustrer le côté « bon enfant » de l’ambiance où les « jeunes dirigeants » posent avec les policiers.

Eléments de contexte déclencheurs :

  1. Il y a une grève à la SNCF, le train est une problématique importante ce jour-là. Mais le sujet s’essouffle (fin de mouvement) et sur le coup, un angle vraiment différent.
    « un train est stoppé mais pas par des grévistes, par des patrons ».

On notera la publication la semaine précédente d’une chronique du président du CJD  rappelant les dirigeants des syndicats grévistes à la responsabilité

  1. Les mouvements sociaux, intermittents, SNCF, mettent une pression supplémentaire sur les Préfets, celui d’Indre-et-Loire a visiblement sur-réagi en mobilisant un compagnie de maintien de l’ordre.
  2. Le pacte de responsabilité, le positionnement du Gouvernement avec des propositions « pour les entreprises » donc pour les patrons.
    Cette histoire entre en résonance : « un comportement irresponsable de patrons ».

Eléments secondaires

Le web, Twitter, Facebook poussent la publication d’informations « légères,drôles, etc. » On notera ainsi, les titres qui utilisent la formule : Ivres,  un phénomène : http://www.ivrevirgule.fr/

La presse a besoin de faire de l’audience, aime le pathologique et le différent.

Les commentaires des « lecteurs » sont édifiants et montrent la rupture entre les « patrons » et les citoyens :

Patrons !,patrons de quoi ?elles sont belles les forces vives de la nation ! on est mal !
Et bien voilà, ils utilisent la réduction des salaires (charges) pour se balader, se soûler. Les patrons Français c’est aussi cela !
Il faut envoyer la facture au CJD.
Tout simplement honteux. Ils se plaignent toute la journée qu’ils ne peuvent pas faire tourner leurs entreprises et ils s’éclatent dans des séminaires pendant que leurs employés bossent durement pour eux pour des salaires ridicules ! Et après ils vont demander l’aide de l’Etat (donc des contribuables) pour qu’on vienne sauver leurs entreprises ! Honteux !

Conclusion :

Le contexte et la population concernés ont transformé ce buzz en « bad buzz ». En effet, si l’on reprend les faits, dans une situation similaire « des supporters de l’équipe de France montant à la capitale en train pour un match du tournoi des 6 nations », il n’y aurait sans doute pas eu autant de bruit, cela aurait été présenté comme une situation « normale » voire prévisible.

Si l’on prend une autre situation où l’alcool fait faire des bêtises, le kidnapping du Lama par des jeunes bordelais a été présenté très positivement. Une blague de potache, une bulle d’oxygène dans un monde triste et dur.

On notera donc, que la « fonction » impose une exemplarité totale. Le « patron » ne peut pas perturber le fonctionnement d’un service parce qu’il est en train de s’amuser !

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A propos de Benjamin Rosoor

Fondateur de l'Agence Web Report. Expert en e-réputation. Auteur de l'ouvrage : agir sur l'e-réputation de l'entreprise. ed Eyrolles. Spécialiste des médias sociaux. Formateur, conférencier et consultant e-réputation

9 Comments

  1. monseigne 21 juin 2014 14 h 00 min

    Excellente analyse…..
    à partager…

  2. Polovergnat 22 juin 2014 10 h 00 min

    Ben tiens ! Evidemment !
    C’est la faute à Rousseau!
    Ou a Voltaire.
    C’est selon.
    Il ne fait aucun doute que le fait de faire la fête dans un train à, disons une grosse centaine pour mettre d’accord tout le monde sur les chiffres, est un fait des plus habituels et normaux.
    Mais bon, ils ont une circonstance atténuante les CJDistes : ils ne pouvaient occuper leurs places réservées pour cause de grève, et ont dû voyager debout, ce qui bien sûr leur conférait tous les droits, eux qui, vu leur jeune âge puisque ce sont de Jeunes Dirigeants, n’ont sans doute jamais dû traverser la France assis par terre entre deux wagons ou carrément dans le soufflet.
    Chacun sait bien que la tolérance maximale par rapport à tout ce qui peut troubler la quiétude des voyageurs est devenue la règle et que chacun peut désormais s’ébattre dans les wagons à loisir. Il suffit pour cela de traverser la France avec 3 enfants (les petits enfants, ça marche aussi) en bas âge dans le train, dont un marmot qui pleure et est inconsolable, pour se rendre compte que tout le monde il est gentil et tout le monde il a le sourire.
    Alors allons-y !
    Lâchons nous !
    Moi c’est décidé, pour fêter mes 63 ans ½ , je réserve ½ wagon, histoire de mettre de l’ambiance dans les rames. J’inviterai même mes voisins. Ça devrait bien se passer.
    Et j’organise un concert Hip-Hop pour la fêter cela dans le couloir des wagons avec une centaine de membres du CDJR (Centre Départemental des Jeunes en Réinsertion), multicolores, et quelques bouteilles pour fêter ça. Ambiance assurée.
    Je ne pense vraiment pas que ça posera le moindre problème, ni pour ma e-réputation, ni pour l’ensemble des voyageurs.
    Manquerait plus que la presse s’en empare, cette bande de poivrots !

  3. robberechts 22 juin 2014 10 h 08 min

    Je partage totalement cette conclusion.Je suis moi même membre du CJD, j ai malheureusement participé à la rumeur en sur réagissant à l’article et en partageant 2 commentaires sarcastiques en défaveur du cjd. Pourquoi? Parce que avant d être JD, je me sens avant tout Manager qui au quotidien défend la valeur de l exemplarité comme base du management. Ce n est pas l’article le qui m’a mis en colère, c’est la situation. Nous travaillons toute l’année pour faire rayonner les valeurs du cjd dans nos entreprises et sur notre territoire en nous impliquant parfois au détriment de notre vie familiale Ce sont les valeurs du CJD dont l exemplarité qui m’aident au quotidien à faire progresser mon entreprise. Je pense sincèrement que les JD Aquitains ont naïvement manqué de discernement resultat: on a plus parlé de ce train que du congrès en lui même et des valeurs du cjd. C est dommage.

  4. Benjamin Rosoor 22 juin 2014 10 h 51 min

    Bonjour, vous remarquerez que je publie les commentaires. Même s’ils sont visiblement trollesques. En revanche je modérerai les insultes ou multipostages.

  5. Polovergnat 22 juin 2014 12 h 00 min

    Si le mot humour pour faire passer son opinion contradicatoire est assimilable au mot « troll » , alors va pour le troll.
    Mais en ce qui concerne mon commentaire, il s’agit de MON opinion sur CE sujet.

  6. PaulMarcadé 22 juin 2014 15 h 32 min

    Bonjour,

    Merci à l’auteur pour son article qui donne une vision véritablement journalistique des faits.
    C’est la première fois de ma vie que je réponds à un post sur Internet. Et c’est aux commentateurs anonymes que je choisis de répondre. Je réponds sous mon nom, complet et véritable, car je considère l’anonymat comme la première des lâchetés qui truquent le jeu du dialogue sur internet.

    Plusieurs questions sont posées, essentielles selon moi, et malheureusement constitutives du fonds de commerce d’une certaine forme bien éculée de « lutte des classes ».

    Faut-il plaindre les patrons ? Ces « pauvres chéris » qui gagnent des fortunes, bien souvent en vivant de l’exploitation de la sueur de leurs malheureux collaborateurs transpirant sang et eau… Faut-il accepter que ces nantis qui partent en séminaire faire la fête pendant que les ouvriers sont au « turbin » ?
    Je vais répondre en parlant de ce que je connais : ma propre expérience. J’ai été pendant plusieurs années (7 exactement), cadre dans un groupe de 3.500 personnes. J’y ai participé à des séminaires, réunions, symposiums et autres réunions collectives. Plus ou moins festives, plus ou moins studieuses, ces réunions qui rassemblaient des équipes très diverses de l’entreprise, et auxquelles tout collaborateur a eu l’occasion de participer, m’ont appris que c’est dans ces moments-là que se crée le ciment de la relation, d’une certaine solidarité qui fait qu’on a envie d’agir ensemble, de se mobiliser pour et avec l’autre, de faire partie du même projet, de la même entreprise. Mon premier point est donc : je n’ai jamais fait autant de séminaires que quand j’étais salarié, et j’ai appris l’utilité de ce genre de rassemblements.

    J’en reviens à la question « faut-il plaindre les patrons ? ». Un de mes amis entrepreneurs dit souvent « les Français détestent les patrons mais adorent leur patron ». Je n’ai jamais rencontré d’entrepreneur qui souhaite être plaint ou fuir ses responsabilités. Je ne connais que des hommes et des femmes qui ont pris des risques financiers (combien ont donné leur caution personnelle à des banquiers…), qui se sont investis, surinvestis même, dans leur projet. Je ne connais que des femmes et des hommes qui sont devenus entrepreneurs par sens du défi, par envie de se jeter à l’eau, par rejet de l’inhumanité des structures qu’ils avaient connues précédemment, pour tester une idée, pour vivre une aventure collective, pour se mettre au service de la société, pour créer de l’emploi. Je n’ai jamais croisé un seul entrepreneur, et a fortiori au CJD où je suis engagé depuis 9 ans, qui se soit lancé dans l’aventure entrepreneuriale pour le pouvoir ou pour l’argent. J’ai souvent vu des entrepreneurs renoncer à se rémunérer pour pouvoir payer leurs équipes, pour maintenir un collaborateur dans l’emploi ou pour financer un investissement. Faut-il nous plaindre ou s’émouvoir d’un tel « sens du sacrifice » ? Sûrement pas, nous n’aspirons nullement à ce type de retour.

    En revanche, il est 3 retours qui nous blessent, nous démobilisent, nous donnent parfois envie de tout laisser tomber. Le premier c’est le manque de reconnaissance, parfois, de nos collaborateurs. Comme les parents, comme les enseignants, nous savons que c’est parfois injuste, mais que ça fait « partie du job ». Nous savons que la reconnaissance se mérite. Nous savons que c’est à nous de mettre en œuvre toute notre énergie pour que ce que le CJD appelle le « dialogue social » soit un fondement solide de notre entreprise. Nous savons que c’est à nous de réfléchir avec nos équipes aux conditions du bien-vivre ensemble, du bonheur collectif, de la juste exigence réciproque.

    Les congrès du CJD sont pour nous l’occasion d’échanger sur nos pratiques pour nous inspirer les uns des autres et renouveler nos idées, nos méthodes. C’est aussi l’occasion de nous inspirer d’autres acteurs de ce monde pour faire bouger nos entreprises dans la bonne direction. Sportifs, philosophes, militaires, économistes ou journalistes ils nous communiquent une énergie et des idées que nous avonsenvie de retranscrire dans nos entreprises pour être des dirigeants inspirants.

    Comme certains parents ou grands parents ressentent le besoin de partager les problématiques qu’ils rencontrent dans l’éducation de leurs enfants, fut-ce pour se sentir moins seuls, ou plus probablement pour chercher dans l’échange avec d’autres de nouvelles idées. L’ingratitude, donc, cela se gère parce que c’est notre job de mériter la gratitude.

    Le deuxième retour qui est douloureux, bien plus encore que le premier de mon point de vue, est celui que certains groupes ou corporations essaient de faire passer dans la société civile. « Salauds de patrons », « nantis », « exploiteurs », « dirigeants ivres », etc. C’est presque toujours faux, profondément injuste, et régulièrement insultant. Certains journalistes (pas tous heureusement) n’ont-ils pas d’autre fond de commerce que le bon vieux tropisme éculé de la lutte des classes ? Et vous monsieur, ou madame, qui raillez avc un cynisme bien cruel ces « jeunes dirigeants ivres » alors que vous ne savez de ce qui s’est passé que ce que vous ont dit des médias qui n’étaient pas dans le train, que voulez-vous, que cherchez-vous, que savez-vous ? Savez-vous que la moyenne d’âge au CJD doit être de près de 40 ans (pas si jeunes que ça, ces « sales gosses ») ? Savez-vous que la majorité des dirigeants du CJD ont entre 2 et 20 collaborateurs (ça ne fait pas beaucoup de gens à « exploiter pendant qu’on va se dorer la pilule au soleil ») ? Savez-vous que notre revenu moyen est inférieur à 4.000 Euros par mois (c’est peu pour des nantis et beaucoup moins qu’un contrôleur de gestion de 30 ans dans un grand groupe) ? Savez-vous que notre plus grande trouille n’est pas de perdre notre fortune ou de voir découvert notre compte en Suisse, mais que c’est de devoir supprimer un emploi ? Savez-vous qui nous sommes, ce qui nous fait bouger ? À vous lire, je ne crois pas.

    J’ai pris le train des centaines de fois. J’ai voyagé avec des syndicalistes qui allaient manifester, avec des militaires en permission, avec des catholique qui allaient en pèlerinage, avec des rugbymen qui partaient en tournoi, avec des jeunes qui partaient en colonie ou en voyage de classes, avec des vieux qui partaient en vacances, avec des touristes qui découvraient la France ou avec des familles qui allaient chez Mickey. J’ai des centaines de fois entendu des chants, de rires, des conversations bruyantes, des pleurs, des hurlements, autant de gênes à un paisible voyage en solitaire (surtout quand on avait prévu de travailler). Je vais vous confesser monsieur (ou madame), que les seuls comportements que j’ai trouvé scandaleux et véritablement gênants sont : les incivilités des groupes d’hommes à l’égard des femmes seules, les propos ostensiblement racistes ou xénophobes et… les hurlements des enfants mal élevés sous les yeux de parents dépassés ou impassibles. Sur le chemin du retour de Lille, j’ai pensé en souriant à tous ces articles sur mes camarades aquitains. Ma voisine de derrière (environ 63 ans ;-)) tenait dans ses bras un enfant qui n’a pas cessé de hurler pendant près de 3 heures. Il a fallu que ce soient ses voisins qui recommandent à cette grand-mère visiblement débutante (et qui avait oublié les bonnes habitudes de la mère qu’elle avait probablement été en son temps) de se lever pour bercer un peu l’enfant, de lui donner à boire, de le changer, bref, de l’apaiser un peu pour qu’il cesse de hurler. Je ne crois avoir vu personne demander à cette « trublionne » de descendre du train, de son plein gré ou entre deux gendarmes.

    Mais voilà, un groupe qui s’apostrophe, chante et pique-nique gaiement, ça fait du bruit. Savez-vous pourquoi la police à stoppé le train (les policiers l’ont dit à l’une de mes amies qui était à bord) ? Parce qu’ils pensaient avoir affaire à des intermittents du spectacle qui partaient manifester. Les intermittents du spectacle sont-ils plus dangereux que les membres du CJD, je ne le crois pas, mais c’est une autre histoire. Des dirigeants qui font la fête, qui chahutent, ça devrait être interdit… Au nom de quoi ? De l’exemplarité indispensable dont parle notre camarade dans son commentaire… ? Allons bon ! Ça veut dire quoi être exemplaire quand on voyage avec 120 copains dans un train (et qu’on a déjà attendu 2h le précédent qui n’est jamais venu) ? Ça veut dire qu’on n’a pas le droit de rire, de chanter, de boire un coup ? Ça veut dire qu’il ne faut pas faire goûter le foie gras des Landes aux touristes présents dans le train ? Ça veut dire qu’il faut fermer sa gueule et faire briller sa croix de premier communiant sur son plastron blanc ? Mais que croyez-vous ?

    Chaque jour, ces dirigeants se battent pur développer leurs boîtes, pour créer ou maintenir des emplois. Il faut pour cela une énergie, une audace, une créativité de dingues ! Alors oui, il fait être un peu fou pour être entrepreneur. Surtout si on se veut porteur d’une ambition, d’un idéal aussi beau et exigeant que celui du CJD : « mettre l’économie au service de l’homme »… Oui, on est, au CJD, un peu des « guedins » comme l’a dit un des animateurs du congrès, oui on a une énergie, une pêche, un optimisme, un « courage et une audace » (thématique du congrès) qui peuvent surprendre. Mais ne serait-ce pas de ces qualités qu’a besoin notre pays pour sortir de l’immobilisme qui le fait plonger chaque jour un peu plus bas ?

    Alors pardon madame-monsieur si certains on fait trop de bruit dans ce train. Pardon à toi camarade qui t’agaces à raison de voir la presse déformer un non-événement pour cracher au passage sur les patrons. Pardon surtout aux voyageurs de ce train (un de plus) qui sont arrivés très en retard. Mais sachez une chose, c’est que parmi ce qui nous blesse, il y a le regard injuste et ignorant de tous ceux qui nous jugent sans savoir qui nous sommes, ce que nous faisons, pour quoi nous nous battons.

    Le dernier retour qui nous blesse, qui nous dégoûte, c’est celui de la classe politique dans son ensemble. Avant de prendre mon portable pour lire cet article et me décider à répondre, je lisais une interview de Denis Payre. Aux États-Unis, la réussite remarquable de cet entrepreneur plein d’audace serait un exemple à suivre et une caution suffisante pour faire de lui le gouvernant légitime d’une ville ou d’un état. Chez nous, c’est le poil à gratter risible d’une classe politique qui s’autoprotège, le nanti suspect qui « croit qu’il peut changer le système ». Et bien moi qui n’ai pas fait fortune et dois m’employer chaque jour à travailler pour gagner ma vie, je n’ai qu’une frustration : ne pas pouvoir me dégager le temps qu’il faudrait pour l’épauler.

    Quand toute une classe politique confond les milliers d’entrepreneurs avec les patrons du CAC40 (qui sont pour beaucoup leurs copains de promo), quand ils nous resservent chaque jour le même plat de l’impôt et des taxes, du prélèvement social et du contrôle urssaf, quand la plus grande peur qui nous freine est de faire une erreur dans nos déclarations ou de ne pas arriver à franchir les étapes administratives d’un appel d’offres. Quand on voit que notre jeunesse a tellement peur qu’elle aspire majoritairement à sécuriser son emploi en devenant fonctionnaire (peu importe le job, c’est le statut qui compte…). Quand on voit ce que devient la France malgré ses innombrables atouts. Quand on sait que les coupables de ce gigantesque gâchis ne seront jamais punis, ni même virés, et quand on sait qu’ils ne sont pas ceux qui changeront le système parce qu’ils n’y ont aucun intérêt.

    Quand on en est là, on acquiert une conviction : c’est qu’on est bien seuls dans la bataille pour l’emploi, pour la paix sociale, pour l’insertion, pour le mieux-vivre ensemble. Quand on en est là, on se dit que seul un entrepreneur, un vrai, pourrait avoir l’audace de changer notre pays. Quand on en est là, on se dit qu’il faudrait que les entrepreneurs se rebellent. Vraiment. Qu’ils foutent la merde, vraiment. Qu’ils bloquent les trains, vraiment. Qu’ils gèlent le versement de la TVA ou des cotisations sociales, juste quelques semaines. Il faudrait qu’un entrepreneur s’immole dans une banque qui lui a coupé ses encours. Que les autres descendent dans la rue. Qu’ils ferment leurs boîtes pendant quelques jours pour qu’on se rappelle qui les ouvre chaque matin. Ce jour-là, les journalistes feront-ils des articles de fond sur le problèmes de notre pays, sur les bénéfices d’un mouvement comme le CJD ou continueront-ils de compter les jus d’orange renversés ? Ce jour-là, les préfets enverront-ils la police pour faire descendre les fauteurs de troubles du wagon-bar ou emploieront-ils, enfin, leur énergie à nous remettre au travail, ensemble, pour le développement de notre pays ?

    Je ne sais pas si ce jour-là arrivera, je ne sais pas qui sera le leader de la révolte des entrepreneurs, mais il pourra compter sur moi. Je ne sais pas ce qu’en diront les journalistes ou les retraités, mais cela m’est égal. Mes parents avaient 20 ans en mai 68 et ont défilé pour défendre leur vision de notre pays. J’aurai 45 ans en 2018 et j’aimerais bien descendre dans la rue avec mes enfants pour leur montrer la voie.

    Je n’ai jamais triché, jamais volé, jamais agressé personne. Je suis catholique et j’essaie d’être exemplaire. Je pars en congé solidaire, au service des plus pauvre en Afrique. Je paye tous mes impôts, je suis un mari, un père de famille et un patron heureux. Je ne demande pas qu’on me plaigne, je ne demande pas qu’on m’admire. Je veux juste qu’on me respecte et qu’on me fiche la paix. Je veux bien donner beaucoup et je ne cherche pas à recevoir quoi que ce soit de spécifique. Je suis un idéaliste, sûrement. Mais j’en ai marre des crachats, des persiflements, des jugements de salon de thé de ceux qui ne font jamais rien, j’en ai marre du dogmatisme syndical et politique. J’en ai marre des réactionnaires et des donneurs de leçon. Je n’étais pas dans ce train, mais finalement, je le regrette.

    Messieurs les journalistes, messieurs et mesdames les moralisateurs, mesdames et messieurs les conformistes et les réactionnaires, arrêtez d’écrire des mensonges ou de cracher sur les entrepreneurs. Un jour ils en auront marre, et ils partiront.

    Je vous propose, plutôt, de raconter chaque jour dans vos journaux, de commenter chaque jour dans vos salons de thé, vos blogs ou vos bistrots les belles histoires des entreprises qui marchent, qui créent de l’emploi, qui payent leurs fournisseurs à temps, qui proposent des projets à leurs collaborateurs. Le nouveau président du CJD à inscrit son mandant sous le signe des entrepreneurs « créateurs d’oxygène »… Magnifique projet pour tous, y-compris pour ceux qui seraient tentés de nous pomper l’air !

  7. TILLIE nicolas 22 juin 2014 16 h 55 min

    Bravo pour ce cri du cœur. Sera t il entendu ?

  8. Polovergnat 22 juin 2014 19 h 16 min

    D’abord, l’anonymat présenté comme une fuiteet un manque de courage est quelque chose qui regarde chacun, et donner son opinion n’engage pas nécessairement à décliner son identité.
    Il est même envisageable d’avoir le droit, au regard du nom que l’on porte, de ne pas engager derrière cette identité tous les siens. Sinon, il faut le supprimer.

    Ensuite, pour rassurer ou inquiéter, j’ai moi aussi été cadre pendant 30 ans avec de lourdes responsabilités, et que je ne vois pas ce que vient faire ce long développement par rapport à l’événement déclencheur et les discussions sur les réactions qu’il a suscitées.

    Cette longue diatribe, si elle a vocation à attirer l’attention sur le CJD, ses activités, ses difficultés, la mauvaise image dont elle et le chef d’entreprise en général peuvent peut-être actuellement bénéficier dans l’opinion publique, le sérieux des chefs d’entreprise dont personne ne doute, et en tout cas pas moi, représente pour une digression par rapport à l’événement concerné, et en cette période du bac aurait bine pu se retrouver classée dans les hors sujet.
    On dirait une longue plainte sur le statut des chefs d’entreprise en prolongement du congrès.

    Or il se trouve précidément que l’événement qui dérange en question a bien eu lieu, qu’il a fait l’objet d’une information, que celle-ci a été relayée par la presse, et que tous les membres du CJD en question ne peuvent pas prétendre, au regard des responsabilités dont ils se réclament, à la dose de naïveté qu’ils affichent maintenant.
    Qu’ils se mordent ls doigts de la publicité qui leur est faite, on le comprend.

    Tout est dit dans un des passages de ce commentaire par rapport au fait qu’on aurait pu (dû ?) accepter sans se poser de questions le même arrêt du train s’il eût été déclenché par des intermittents, et qu’il deviendrait insupportable quand il concernerait des chefs d’entreprise revenant du CJD

    « Des dirigeants qui font la fête, qui chahutent, ça devrait être interdit… Au nom de quoi ? De l’exemplarité indispensable dont parle notre camarade dans son commentaire… »

    Et bien au nom de la vie en société tout simplement. Et chacun, de façon individuelle et a fortiori de façon collective parce qu’il engage au-delà de sa petite personne, doit assumer les conséquences des actes qu’il a posés, même en chantant.

  9. Benjamin Rosoor 22 juin 2014 20 h 24 min

    Bonsoir à tous,
    merci pour vos contributions, parfois très longues mais toujours pertinentes.
    Je pense qu’on a compris le point de vue des uns et des autres.
    Et donc je vais maintenant fermer les commentaires de cette note histoire de ne pas transformer cet espace en lieu de débat sur « les patrons » ce qui n’est pas le sujet.